COVID-19: 7 stratégies pour gérer le manque de liquidité dû à la crise
Maxime Theoret mars 26, 2020

Au moment d’écrire ces lignes, cela fait maintenant 7 jours d’isolation et tout porte à croire que ce n’est que le début de la crise. La majorité des concessionnaires ont soit cessé complétement leur opérations ou réduit au minimum 75% de leurs effectifs. La demande est en baisse, les salles de montre sont vides et le service tourne au ralenti pour la plupart. Selon les annonces du gouvernement les plus récentes, nous devons nous attendre à ce que les concessionnaires soient fermés ou roulent à bas régime au mois d’avril.

Ceci mettra beaucoup de pression sur les liquidités des entreprises. Malheureusement, cette situation arrive au moment où les ventes et les profits devaient être au rendez-vous avec le printemps qui arrive.

Heureusement, il y a plusieurs options qui s’offrent aux concessionnaires en ce temps de crise afin de renflouer les coffres et de naviguer la crise.

Voici le top 7 des stratégies principales en ordre de recommandation.

1- Trésorerie et équivalents de trésorerie de l’entreprise

Il s’agit de prévoir les besoins basés sur l’encaisse actuel. Plusieurs concessionnaires planifient leurs besoins en trésorerie afin de passer au travers des mois d’hiver qui sont plus lent, puis de renflouer les coffres à l’arrivée du printemps. Ceci fait en sorte que présentement les niveaux d’encaisse chez les concessionnaires sont habituellement à leur plus bas de l’année dû à la saisonnalité des opérations.

Toutefois, certains ont des placements à court terme ou des dépôts appliqués contre le financement de gros qui peuvent être convertis en liquidité rapidement et sans frais. Le taux d’intérêt effectif sur ces fonds devient le coût de renonciation. Par exemple, liquider un certificat de placement garanti (CPG) qui porte intérêt à 1.5% annuellement pourrait vous permettre de financer vos opérations à un taux effectif de 1.5% car vous renoncerez à ce rendement. Il s’agit sans aucun doute du coût le plus faible et flexible de financement que vous pouvez utiliser.

2- Augmenter le financement d’inventaire « floorplan »

Certains concessionnaires ont de l’équité dans leur inventaire de véhicules et, tout en respectant les ratios de leur source de financement, il peut être possible d’augmenter le niveau d’endettement sur les inventaires et d’en dégager des liquidités. Ceci est valide sur les véhicules neufs ainsi que les usagés.

Le coût de ce financement est habituellement moindre par rapport à d’autres types de dettes et de prêts offerts par les institutions financières. Il est aussi très rapide à obtenir sous forme de liquidité. Il s’agit de la meilleure dette à utiliser pour combler vos manques de liquidité dans le court terme si accessible.

3- Marge de crédit

La plupart des concessionnaires ont déjà en place des marges de crédit à des taux relativement faibles. Comme ces marges sont déjà en place et qu’elles sont déjà négociées et approuvées par la banque, il vous sera possible et facile de les utiliser pour combler les besoins de trésorerie à court terme.

Les marges de crédit offrent beaucoup de flexibilité au niveau des termes et conditions ainsi que des modalités de remboursement qui sont à l’entière discrétion du client. Ainsi, il n’y a pas d’engagement à long terme ou de niveau d’utilisation minimum. Une fois cette crise terminée, la marge pourra être remboursée et les intérêts chargés seront seulement sur la portion utilisée pour la durée utilisée. Un autre avantage majeur est qu’aucun paiement mensuel n’en découle autre que le paiement des intérêts contrairement à un prêt avec remboursement mensuel en intérêt et capital.

4- Injection de capital

Certains entrepreneurs qui ont fait des réserves et qui ont accumulé des actifs pourraient en bénéficier. Souvent, par le biais d’autres entreprises détenues, dans les sociétés de gestions/placements ou au niveau personnel, les propriétaires d’entreprise pourront utiliser ces fonds temporairement pour financer l’entreprise.

Le coût de renonciation est à considérer, car il faut prévoir que la somme qui sera prêter à la concession pourrait l’être pour une période d’au moins douze mois, possiblement plus longtemps.

Il est possible d’injecter des fonds sous forme de prêt ou d’équité dans une entreprise et il serait avisé de consulter un fiscaliste afin de déterminer la meilleure approche. Toutefois, dans un contexte ou les fonds serait nécessaires à plus court ou moyen terme, le prêt serait beaucoup plus flexible et simple.

5- Financer l’équité sur l’immobilier

La majorité des propriétaires de concessionnaires automobiles possèdent également l’immobilier. Dans le cas où votre balance hypothécaire est inférieure à la valeur de l’immobilier, vous avez de l’équité sur votre bien immobilier. Il est possible de monétiser cette équité par le biais de financement hypothécaire. Les financements hypothécaires sont très avantageux au niveau des taux qui sont faibles, car la banque prendra l’actif immobilier en garantie.

La mise en place peut, cependant, être relativement longue car elle nécessitera une évaluation immobilière, sauf dans les cas où une évaluation récente est disponible. Les remboursements en découlant sont habituellement fixés mensuellement et peuvent être amortis sur une très longue période ce qui peut réduire les paiements considérablement.

Dans le contexte actuel, les banques devraient se montre flexible pour supporter leurs clients et certaines vous laisseront financer jusqu’à 80% de la valeur de votre bien immobilier. Il est également avisé de négocier des clauses de remboursement anticipé vous permettant de repayer cette dette à plus court terme sans pénalité.  Vous pouvez donc rembourser le prêt une fois que les choses sont revenues à la normale si vous n’avez plus besoin de ces fonds supplémentaires.

6- Prêt à court terme

Les prêts à court terme ne sont pas garantis par des actifs précis mais plutôt basé sur la capacité de l’entreprise à repayé le prêt. Ceux-ci sont plus longs à négocier et engendreront nécessairement des démarches plus lourdes afin de faire la démonstration de la capacité de remboursement.

Il faut aussi s’attendre à ce que les ratios financiers exigés par les banques pour ce type de prêt soient plus contraignants, car il n’y a pas de garantie spécifique. Souvent, le cautionnement personnel sera nécessaire sur ce type de prêt.

Au Canada, la BDC offre des prêts jusqu’à 2 millions de dollars; « du soutien pour les entrepreneurs touchés par le coronavirus COVID-19 ». Étant donné que le mandat de la BDC est le soutient à l’entreprenariat, le gouvernement canadien soutient grandement la BDC pour lui permettre d’aider les entreprises à passer à travers la crise actuelle.

« Les entreprises qui ont besoin de soutien par l’entremise du Programme de crédit aux entreprises (PCE), doivent d’abord contacter leurs institutions financières pour évaluer leur situation.

Les institutions financières vont recommander leurs clients existants à BDC et EDC lorsque leurs besoins s’avèrent supérieurs à ce qui est disponible dans le secteur privé uniquement. »

Plus d’information est disponible à  www.bdc.ca.

7- Recherche de partenariat, fusion ou vente

Pour la majorité des propriétaires ceci serait probablement la dernière option envisagée. Dans un contexte où l’objectif de l’entrepreneur est de demeurer dans l’industrie à long terme et conserver l’actionnariat de l’entreprise, cette option ne devrait être considéré que si aucune des solutions précédentes ne permet de rester à flot durant la crise.

Ceux qui auront besoin de partenaires externes ou de vendre l’entreprise devront le faire de manière structurée. Il est primordial, dans le contexte actuel, de bien organiser la transaction et d’avoir une approche qui permettra d’atteindre l’objectif désiré.

Une entente avec un partenaire peut sembler très simple en surface, mais il s’agit d’un engagement très contraignant entre des parties. Il peut y avoir des clauses sensibles à négocier et les enjeux principaux seront la dilution de l’actionnariat et la valeur de l’entreprise. Il faudra une évaluation rigoureuse de l’entreprise et une négociation serrée afin d’en arriver à une entente qui fait du sens pour les parties.

Finalement, dans certains cas, la seule solution serait de vendre l’entreprise. Il demeure, présentement dans le marché, certains acheteurs qui seront prêt à faire des acquisitions car ils sont bien capitalisés. Il faut toutefois une approche plus ciblée et les attentes sont différentes considérant un environnement plus volatile.

 

 

Autres mesures et conclusion

Les temps sont difficiles et il faut prévoir que les choses pourraient empirer avant de s’améliorer. Il est indispensable d’être proactif et de mettre en place un plan de contingence. Prenez le temps de mettre en place un budget reflétant différents scénarios. Personnellement, je recommande de travailler avec une analyse de sensibilité qui prévoit 3 niveaux : pessimiste (ou conservateur), modéré, et optimiste. Mettre présentement l’emphase sur le scénario pessimiste et s’assurer d’avoir suffisamment de liquidité pour survivre l’éventualité la plus pessimiste est essentiel dans le contexte actuel.

Communiquez avec vos fournisseurs et discutez des modalités de paiement ainsi que du niveau de service requis dans les prochains mois. L’industrie automobiles est une grande famille et il y a beaucoup de gestes d’entraide qui sont présentement en cours.

La bonne nouvelle est que le gouvernement a mis en place beaucoup d’interventions pour soutenir les entreprises et les banques se doivent de se montrer plus flexibles. Prenez le temps de réviser les mesures bénéficiant les entreprises qui pourrait vous aider comme le crédit sur la main d’œuvre qui s’appliquera si vous avez toujours des employés actifs. Contactez votre banquier afin de revoir l’ensemble des options qui s’offre à vous. Si vous avez des prêts à termes avec remboursements fixes, la majorité des banques offres présentement de payer uniquement la portion intérêt. Ceci peut faire toute la différence au niveau des paiements mensuels.

Notre industrie est très résiliente. Tous ensemble, nous surmonterons la crise actuelle; nous en ressortirons grandi et plus solide, prêts pour un retour à la normal.

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